En mai - juin 1940, les Allemands envahissent la France, la Bretagne est occupée. Au départ la population est sans réaction, abattue et désemparée. Certains feignent de ne pas se sentir concernés par l'occupation. Mais au fond d'eux, ils éprouvent une forte haine envers les occupants. Ces derniers pillent leurs maisons et les privent de liberté, comme le montrent des articles parus à l'époque, dans Le Lannionnais et Le Journal de Lannion : on impose aux habitants le couvre-feu, la réquisition des bêtes et des automobiles, le rationnement alimentaire ; on leur interdit les bals, l'alcool et l'accès à certaines zones.
L'occupation allemande est ressentie comme une humiliation.


Plouaret en 1940


Le 18 juin 1940, par l'intermédiaire de Radio-Londres , le Général de Gaulle appelle à la révolte contre l'occupant et contre Pétain et Pierre Laval, qui réclament un armistice. Il tente de remotiver les soldats, armés ou non, les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement, de les convaincre de le rejoindre. Il souhaite également que les Français, habitant en territoire occupé, traversent la Manche ou entrent dans la Résistance afin de libérer la France.

ACTIONS SPONTANEES

De 1940 à 1942, la résistance se met en place avec des actions individuelles. La Résistance n'est pas organisée, mais spontanée. (voir cartes)
Sur le canton de Plouaret, trois jeunes hommes de Vieux-Marché, A. le Bozec, L. Pastol et Y. Léon commencent des actes de résistance. Ces derniers consistent surtout en distribution de tracts et de journaux clandestins, appelant la population à résister à l'occupant, ainsi qu'en sabotages de matériels allemands.
Les trois jeunes incitent les jeunes des classes 1940, 1941 et 1942 à ne pas se présenter au recensement du STO mais de saboter les efforts de guerre des Allemands.
La courageuse initiative des jeunes résistants, qui ne connaît pas une totale réussite, a cependant des résultats indiscutables.

A Plestin-les-Grèves, la population fait preuve, elle aussi, de Résistance. En septembre 1941, trois aviateurs (un Néo-Zélandais, un Canadien et un Anglais) débarquent sur la plage de St-Efflam, croyant être en Angleterre. De nombreux Plestinais se mobilisent spontanément, pour les escorter jusqu'à Nantes, d'où ils pourraient gagner l'Angleterre ou l'Espagne. Mais malheureusement , quand ils arrivent à Nantes, le réseau a été dissous, et les aviateurs n'ont d'autre choix que de se livrer aux Allemands. Ces derniers remontent la chaîne en sens inverse pour retrouver toutes les personnes qui les ont aidés. Les accusés retrouvés sont décapités à la hache en Allemagne et une partie est envoyée en camp de concentration. Mme St-Laurent, mère de 10 enfants de Plestin, est parmi ces victimes.

ACTIONS ORGANISEES

Par la suite des réseaux sont créés (pour "rapatrier" les volontaires vers l'Angleterre, pour obtenir des renseignements, "faire l'espion au profit de l'Angleterre", selon les termes des Allemands). Les résistants ont un chant de ralliement : le Chant des Partisans.

A Plestin

Louisette Le Guen, secrétaire de mairie de Lanvellec et vivant sur le canton de Plestin-les-Grèves, est contactée par Eugène Fagnou (responsable du Front national et des F.T.P.F. de Lanvellec) afin d'adhérer à la résistance en octobre 1943. Elle participe à la distribution de tracts et de journaux clandestins. Son emploi lui permet de fournir de nombreuses fausses cartes d'identité aux résistants. Le jour du départ d'Eugène Fagnou, elle se réfugie à St-Jean-du-doigt chez sa famille dans le Finistère où elle participe également à la résistance jusqu'à la Libération.

A Plouaret : la Marseillaise

La formation du groupe "La Marseillaise"

En juin 1943, des jeunes gens en partance en Allemagne pour le STO (Service du Travail Obligatoire) décident de former un groupe de résistants : la formation Vieux-Marché/Plounévez-Moëdec. C'est alors qu'Yves Trédan, le responsable FTP du secteur de Plouaret, lance la Résistance au Vieux-Marché (juin 1943) puis à Plounévez (juillet 1943) par l'intermédiaire de Marcel Hamonou. En août 1943, ce dernier forme à Plounévez un groupe de FTP et Prosper Laurent en forme un à Vieux-Marché. Fin de l'année 1943, les groupes accueillent de nombreux partisans : les premiers sabotages apparaissent (lignes téléphoniques, câbles souterrains...).

La Formation Vieux-Marché/Plounévez-Moëdec et la formation Louargat/Saint-Eloi constituent ce que l'on appelle "La Marseillaise".

Les personnes originaires de Plouaret, pionnières du groupe

NOM : LE PAPE
PRENOM : Auguste
NE LE : 21 mai 1922
ADRESSE :
Kerdanet, en Plouaret
PROFESSION : agriculteur chez ses parents


NOM : PASTOL
PRENOM : Auguste
NE LE : 17 juillet1920
A : Plouaret
ADRESSE : Prat-Thépot, en Plouaret
PROFESSION : cultivateur chez ses parents

NOM : DANIEL
PRENOM : Eugène
NE LE : 20 février 1923
A : Plouaret
ADRESSE : Lann-Vihan, en Plouaret
PROFESSION : agriculteur chez ses parents

NOM : FAUJOURON
PRENOM : Arsène
NE LE : 29 décembre 1923
A : Plouaret
ADRESSE : Guergolvez, en Plouaret
PROFESSION : agriculteur chez ses parents

NOM : JACOB
PRENOM : Albert
NE LE : 8 octobre 1920

NOM : HENAFF
PRENOM : Joseph
NE LE : 30 juillet 1926
A : Plouaret
ADRESSE : Saint-Julien, en Plouaret
PROFESSION : agriculteur chez ses parents

NOM : LE GUERSON
PRENOM : Léon
NE LE : 27 mai 1921
A : Plouaret
ADRESSE : Varvéguez, en Plouaret
PROFESSION : agriculteur chez ses parents

NOM : MENOU
PRENOM : Pierre
NE LE : 7 octobre 1920
A : Vieux Marché
PROFESSION : forgeron au bourg de Plouaret

NOM : TREDAN
PRENOM : Yves
NE EN : 1922
ADRESSE : les Sept-Saints en Vieux - Marché

Lors de la formation du groupe, "La Marseillaise" est uniquement chargée d'activités mineures. Ainsi, jusqu'en 1943, elle se contente de distribuer des tracts et des journaux clandestins à la population et de fabriquer de faux papiers.

En 1944, lorsque le groupe estmieux organisé et un peu entraîné, il reçoit d'autres missions, plus importantes cette fois-ci.
"La Marseillaise" effectue quelques opérations sur les câbles souterrains et les lignes téléphoniques et met le feu à plusieurs réserves de foin et de paille de l'occupant. Mais le groupe se spécialise surtout dans les sabotages de la voie ferrée Paris-Brest, entre Guingamp et Morlaix.


Les actions



la gare de Plouaret en 1940

la fameuse clé fabriquée par Pierre Ménou, aujourd'hui conservée en mairie.
A l'aide d'une clé fabriquée par Pierre Ménou, l'un des membres de "La Marseillaise", ils déboulonnent les écrous qui fixent les rails, et font ainsi dérailler de nombreux trains.
"La Marseillaise" fut à l'origine de plus de 20 déraillements.

Du 20 janvier 1944 au 5 juin 1944, des Résistants risquent leur vie : ils doivent passer devant d'importantes casernes allemandes, faire très attention car des patrouilles ennemies circulent sur la voie. Leurs actions consistent à saboter et parfois détruire du matériel ferroviaire : au total, 19 locomotives et 146 wagons ont été mis hors service par leurs soins. Au total, il y a eu 335 heures d'arrêts de trafic. Enfin 16 personnes ennemies ont été tuées et 96 blessées.
A Plouaret, 3 locomotives et 66 wagons ont été détruits, tandis qu'une douzaine de locomotives et une centaine de wagons endommagés. Plusieurs dizaines d'Allemands sont blessés et parfois même tués. De grandes quantités de matériel de guerre sont anéanties (22 voitures blindées, 14 pièces d'artillerie). Enfin, des lignes téléphoniques ont été coupées, pour éviter que les Allemands communiquent entre eux.

La fin du groupe de Plouaret

En juin 1942, l'accroissement des attentats et des sabotages organisés en France conduit Pétain à focaliser de nouveau l'attention sur l'importance d'une coordination plus étroite de la police chargée de s'attaquer à la Résistance. La Police de Vichy, en 1944, attaque la Résistance bretonne.

En février 1944, alors que les patriotes reviennent d'une opération, la neige cesse de tomber. A l'aide de traces de pas, les Allemands réussissent alors à localiser approximativement l'endroit où vivent les patriotes.

Lors de la nuit du samedi 22 au dimanche 23 avril 1944, sur dénonciation, les soldats Allemands organisent une rafle sur le secteur de Plouaret, Trégrom et Vieux-Marché. Ce fut la rafle la plus cruelle des Côtes-du-Nord. Tout d'abord, ils arrêtent cinq résistants, ainsi qu'un jeune se trouvant chez un patriote. Deux jours plus tard, le forgeron est arrêté. Yves Trédan échappe de peu à cette rafle grâce à sa soeur. Albert Jacob, après une course poursuite, réussit à s'enfuir. Il fut le seul survivant du groupe.
Tous les sept seront torturés de façon ignoble par des tueurs, des
Feldgendarmes (police allemande) de Plouaret, et cela pendant deux semaines.

Voie ferrée et champ (ancien verger) traversé par Albert Jacob pour échapper aux Allemands.


Le 6 mai 1944, ils quittent Plouaret pour être "jugés" à Belle-Isle en Terre. Le tribunal les condamne à mort. Ils chantent la Marseillaise jusqu'à Ploufragan où ils sont fusillés avec 12 autres patriotes.

Le 22 août 1944, leurs corps sont exhumés d'une fosse à l'Hermitage-Lorge peu après la Libération.

Avant d'être fusillé, chacun écrivit une lettre d'adieu pour prévenir famille et amis de sa mort prochaine. Eugène Daniel, s'adresse à sa famille en déclarant : "Je vais mourir pour la France. Ne pensez pas à nous, on est heureux. Notre vie n'aura pas été longue. Alors Kenavo."

Les 7 fusillés se nomment : Auguste Le Pape, 22 ans ; Eugène Daniel, 21ans ; Arsène Faujouron, 22 ans ; Léon Le Guerson, 22 ans ; Auguste Pastol, 23 ans ; Pierre Ménou le forgeron, 23 ans ; Joseph Hénaff, 18 ans. Albert Jacob fut le seul rescapé du groupe.

Un monument aux morts leur est consacré à Plouaret. Une inscription y est gravée en breton : "Kentoc'h mervel evit tec'hel o deus lavaret paotred Plouaret" signifiant "Plutôt mourir que de céder, ont dit les gars
de Plouaret."

Sur le monument aux morts, on lit le nom des sept fusillés.



Avant même l'arrivée des Américains, la Bretagne est déjà en partie libérée, notamment grâce aux nombreux parachutages d'armes.
Le Débarquement marque le début d'une grande "insurrection nationale", qui conduit la France à la Libération.
Tout s'accélère alors : 45 % des actions se déroulent à partir du mois de juin 1944, dont 138 sabotages sur 304 dans les Côtes-du-Nord.
Le 6 juin 1944, trois groupes créés à Vieux-Marché permettent à Jean Daniel de former la première compagnie FTP " Vieux-Marché/Plounévez ", et de constituer un maquis en juillet 1944.
Le 25 juin 1944, Yves Trédan obtient des armes lors d'un parachutage à Prat : il arme alors deux détachements.
Le 6 août 1944, des troupes alliées arrivent à Plounévez-Moëdec. Elles combattent avec Plouaret et Trégrom et font prisonnières une centaine de personnes.
Le 8 août 1944, ils récupèrent les armes et le matériel.
Yves Trédan récupère un premier parachutage d'armes à Prat qui les prépare à la phase insurrectionnelle par l'organisation d'embuscades fin juillet et début août sur les routes Bégard/Vieux-Marché/Plouaret.
Grâce à ces embuscades, les troupes font une centaine de prisonniers et récupèrent des armes et du matériel le 8 août 1944.

Du 12 au 18 août 1944, trois groupes commandés par Jean Daniel "nettoient" la côte Lannion / Servel / Tréguier / Pleubian / Lézardrieux.
Le 13 août 1944, dix autres personnes sont faites prisonnières à Vieux-Marché.
Le 1er septembre, le troisième Bataillon des Côtes du Nord (180 hommes) comprend la compagnie de Plouaret et une partie de celle de Tonquédec.
Le 17 septembre 1944, ce Bataillon devient le quinzième Bataillon qui est dissous en février 1945 et intégré à la dix-neuvième Division d'Infanterie.

On peut également noter que 30 % des actions ne se font pas avec des explosifs, mais sous forme de vols, incendies, déboulonnages, ... : 143 déraillements de trains et 500 embuscades dans les Côtes-du-Nord.
Dans le
maquis, les hommes se répartissent en bataillons, et désormais recrutés par l'armée française, les volontaires signent des engagements jusqu'à la fin de la guerre. Le 8 mai 1945, l'Allemagne nazie capitule sans conditions, mais Lorient n'est libérée que le 11 mai 1945.
Parmi ceux qui participèrent à la Libération de Brest et de Lorient, figurent aux côtés de l'armée américaine, des résistants des Côtes-du-Nord et naturellement de la Marseillaise.
Les cinq départements bretons ont cependant perdu beaucoup de patriotes : 3 763 ont été déportés, dont la moitié ne sont pas rentrés, 2 276 ont été fusillés et près de 6 500 victimes civiles (sans la Loire-Atlantique).